ISAMU KENMOCHI

1912-1971
Japon

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Isamu Kenmochi est l’un des designers nippons les plus talentueux et l’un des pionniers du design japonais moderne, notamment grâce à son apport dans la création et la définition du design industriel japonais et sa participation à l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958.

Diplômé du « Tokyo College of Industrial Arts » en 1932, il débute en travaillant pour le gouvernement au sein du « Industrial Arts Research Institute » (IARI) : il fait partie de la première génération de designers industriels japonais.
En 1950, sa rencontre avec Isamu Noguchi marque un tournant décisif. Une jeune amitié naquit durant cet été-là et une collaboration iconique, la création d’une chaise, la « Bamboo Basket Chair ». L’idée primaire d’Isamu Kenmochi était d’adapter la structure et les techniques des assises en bambou à l’assise et au dossier des chaises dîtes « classiques ». Il faut alors préciser qu’avant le milieu du XXe siècle, les assises n’étaient pas les mêmes en Orient et en Occident : ainsi les assises orientales, et plus particulièrement au Japon, étaient à même le sol, ce n’est qu’après la Seconde Guerre Mondiale et les apports de l’Occident que la chaise telle que nous l’avons toujours connu en Occident commence à s’immiscer dans la culture nippone. Alors qu’Isamu Kenmochi envisageait une structure en bois, Isamu Noguchi proposa une ligne en métal laqué plié constituant le cadre de l’assise. Le résultat est bluffant d’inventivité et de modernité : mêlant une beauté formelle évidente à une recherche de texture, la « Bamboo Basket Chair » est un condensé technique d’une grande prouesse pour l’époque. Ils ont combiné les propriétés intrinsèques du bambou, élasticité naturelle et force, à celles du métal, durabilité et efficacité. Cependant, les techniques industrielles de l’époque n’ont jamais permis sa mise en production. Seul un prototype fut créé … et perdu !
Pourtant la « Bamboo Basket Chair » est l’une des créations les plus iconiques du XXe siècle : elle est le manifeste d’une rencontre entre l’Orient et l’Occident tant sur le plan de la forme que du fond. Elle possède en elle une modernité infinie, grâce à son essence sculpturale et une véritable légèreté lumineuse, mais elle porte également en elle les principes essentiels de la tradition nippone de l’artisanat, cette chaleur rassurante, ce charme tactile certain et ce savoir-faire minutieux. Il faut attendre 2007 et l’exposition « Design : Isamu Noguchi and Isamu Kenmochi » au Noguchi Museum (New York) pour que la Kenmochi Design Associates en partenariat avec Shoosaku Kondo et Y.M.K. Co, Ltd., Shioji mettent en production pour la première fois de l’histoire cette assise mythique, à seulement 50 exemplaires grâce aux archives, dessins, plans et photographies d’époque. Véritable pièce muséale, ces 50 pièces sont aujourd’hui les seuls témoins du prototype perdu, une véritable renaissance d’une importance historique capitale dans l’histoire du design.

Isamu Kenmochi part en 1952 pour un voyage aux États-Unis et mènent des recherches de plus en plus poussées sur l’art industriel. Il fonde la même année, à son retour au japon le « Japan Industrial Designers Association ». Grâce à sa formation, le IARI, ses recherches, cette première collaboration et ce voyage, il est l’un des piliers essentiels du design d’après-guerre, d’une part au Japon, mais également dans le monde entier. Il utilise les avancées technologiques pour les appliquer aux matériaux traditionnels nippons – comme ce fut le cas avec son ami Isamu Noguchi. Sa série « Rattan Furniture » est célèbre pour cette raison : utilisant le bambou et les procédés techniques modernes de pliages et d’assemblages, le confort qui en résulta font de ces meubles des pièces d’exception.

Père d’une nouvelle génération de designers et grâce à ses relations proches du gouvernements, il est l’un des plus célèbres créateurs japonais : sa participation à l’élaboration du pavillon japonais lors de l’Exposition Universelle de Bruxelles en 1958 n’y est pas étrangère. En collaboration avec Kunio Maekawa, il livre un pavillon proche des préceptes qu’il a défendu toute sa vie : un pavillon aux allures traditionnelles et modernes, alliant des formes architecturales nippones ancestrales et des emprunts au Modernisme occidental. À l’intérieur les premières salles mettaient en avant des objets d’artisanat japonais ; les suivantes célébraient les derniers objets sortis des industries japonaises. Extérieur et intérieur entraient alors en adéquation parfaite : le pavillon reçut ainsi la médaille d’or de l’évènement. 

Le mobilier d’Isamu Kenmochi, organique et radical, moderne sans jamais oublier la tradition, est une ode à un Japon plein de promesses après la Seconde Guerre Mondiale, un design intransigeant et poétique, épuré et apaisant •

CATALOGUE :

Table basse

ISAMU KENMOCHI 1965