WHARTON ESHERICK

1887-1970
États-Unis

« If it’s not fun, it’s not worth doing. »

• Warthon Esherick •

Un certain mouvement du design américain se distingue par un style très particulier, avec une attention portée aux matériaux de façon inconditionnelle : ce mouvement, c’est l’« American Studio Craft », ou Craftmanship américain, un design laissant la part belle à l’artisanat plutôt qu’à l’industrie. Si son représentant le plus connu et reconnu à l’international est sans nul doute George Nakashima, avec ses pièces en noyer sublimant chaque qualité et défaut du bois, donnant lieu à des créations de formes libres incroyables, ce mouvement trouve ses origines chez un autre designer : Wharton Esherick. 

Considéré comme le grand-père du Craftmanship américain, il est le premier à avoir initié cette mouvance, mettant en avant le travail du bois en atelier, un savoir-faire artisanal sublimant les propriétés formelles et fonctionnelles de ce matériau, donnant ainsi des formes organiques : le créateur ne cherche pas à contraindre mais bien à transcender l’existant.
Wharton Esherick est une personnalité essentielle dans ce paysage. Commençant à se former à la sculpture sur bois dès le lycée, il débute finalement des études de peinture, d’abord au « Philadelphia Museum School of Industrial Arts » puis à la « Pennsylvania Academy of the Fine Arts ». À la fin de sa formation, il décide de déménager en Pennsylvanie, dans la ville de Paoli : évènement en apparence anodin, il mérite d’être souligné car deux autres des grands représentants du mouvement du Craftmanship américain, George Nakashima et Phillip Lloyd Powell, sont basés également dans cet état dans lequel les espaces protégés sont très importants et la nature tient un rôle de premier plan. Wharton Esherick s’installe ainsi dans ce coin des États-Unis pour se rapprocher de cette nature qui sera l’un des pivots de son travail. Car si il débute en réalisant les cadres de ses propres peintures, ses dons naturels vont inévitablement le mener sur la route de la création de mobilier. S’inspirant du mouvement des Arts & Craft anglais, aussi bien dans son état d’esprit, se focalisant sur un travail manuel et sublimant les gestes du créateur, que dans sa forme, grâce à des surfaces curvilignes et des formes organiques. En tant que premier représentant de l’« American Studio Craft », il fait figure de révolutionnaire, car il va initier une esthétique et irriguer une grande partie de la création.
Wharton Esherick fait école en créant des meubles et des décorations intérieures entières, comme ce fut le cas pour la « Curtis Bok House » (1935-1937). Son approche est une recherche subtile d’équilibre entre une approche physique expressionniste des matériaux et une fonction compréhensible au premier regard. Ses œuvres sont ainsi teintées d’une sculpturalité sensuelle, d’une asymétrie revendiquée, une pureté tendre : virtuose, il célèbre le travail de la main, réalisant tous ses meubles lui-même, dans son atelier situé derrière sa propre maison.

L’une de ses plus belles et importantes partitions est sans nul doute la maison de Villanova de la famille Seiver (Pennsylvanie, États-Unis). C’est en 1950 que cette famille découvre le travail de Wharton Esherick grâce à sa sculpture « Reverence » du musée de Philadelphia : à jamais, cette rencontre a impacté les deux parties. Alice Seiver demande ainsi dès 1955 au designer de créer le mobilier de sa maison pour sa famille grandissante. Fascinée par son travail, Alice Seiver a laissé carte blanche à Wharton Esherick : la « Seiver House » est le manifeste de son créateur. Véritable temple, cette maison est le lieu contenant le plus d’œuvres du designer américain. Pendant plus d’une décennie, il créa des meubles, des panneaux, et transforma considérablement l’espace intérieur. Après avoir acheté plusieurs de l’une de ses plus célèbres créations, la « Captain’s Chairs », les autres meubles ont été conçus sur mesure : une table de salle à manger tripode dans laquelle les formes concaves et convexes s’imbriquent, une table basse et un canapé tout en rondeur, une cuisine recouverte de panneaux courbés donnant du rythme. L’une des créations les plus audacieuses de l’ensemble est la table de petit-déjeuner qu’il crée dans un espace de transition entre la salle de réception et la cuisine : en forme de goutte, sans aucun pied, elle est suspendue, dans un parfait oxymore d’évanescente présence. Véritable apparition, elle dynamise sa place originelle. Elle se caractérise par sa forme, libre, avec une attention portée aux détails jusque dans les pans lisses de la bordure et une matérialité charnelle. Cette pièce unique s’offre à la vue et rend palpable la présence de son créateur par son extrême poésie. 

Les œuvres de Wharton Esherick sont présentes dans de nombreux musées de renommée internationale comme le « Museum of Fine Arts » de Boston ou encore le « Metropolitan Museum Of Art » de New York. La « Seiver Table » est une pièce de collection incarnant tout l’état d’esprit de son créateur, dans sa forme et sa conception ; puis d’un point de vue historique, tant dans la carrière de Wharton Esherick que dans l’histoire du design •

CATALOGUE :

Unique table suspendue

WHARTON ESHERICK1956